RENCONTRE AVEC ANNE-SOPHIE JACQUES – TRÈS COURT INTERNATIONAL FILM FESTIVAL

très court festival

« On est dans un univers du cinéma qui est très masculin et le cinéma façonne nos regards sur le monde »

À l’occasion de la 23ème édition du Très Court International Film Festival qui se déroule du 4 au 13 juin 2021, nous avons pu converser avec Anne-Sophie Jacques, coordinatrice générale du festival depuis septembre 2020. 

Journaliste et autrice, Anne-Sophie Jacques a travaillé pendant dix ans sur le site Arrêt sur images. En 2012, elle publie La Crise et moi : Petit manuel de survie au matraquage médiatico-économique. En 2018, elle fut rédactrice en cheffe adjointe au journal Ebdo.

Pouvez-vous nous présenter votre métier : coordinatrice générale de festival ?

Anne-Sophie Jacques : La principale mission du métier c’est de faire en sorte qu’il y a un festival chaque année (rires). Je ne suis évidemment pas toute seule sinon ce serait ingérable. J’ai donc deux assistantes avec moi ainsi qu’une équipe technique (monteuse, graphiste, etc). Il y a également un directeur, celui qui en l’occurence à fondé le festival et qui du coup nous aiguille très bien.

La coordination a vraiment beaucoup de facettes. Il faut à la fois rechercher les films, les recevoir et bien sûr les visionner. On en reçoit entre 2000 et 3000 chaque année venus du monde entier. C’est énorme même si ce sont des films qui font moins de 4 minutes. Il faut mettre en place une équipe de pré-sélection qui nous aide à regarder, commenter et à argumenter les films. Il faut animer cette équipe en plus de voir tous ces films pendant une période assez courte puisqu’elle s’étend de octobre à février (dates de l’appel à films). La sélection c’est la partie la plus complexe parce qu’on voit beaucoup de (bonnes) choses et donc il faut faire des choix. Il faut répartir ces films dans les différentes sélections : Internationale, Paroles de Femmes, Française, Familiale, Ils ont osé et une sélection Documentaire qui est toute nouvelle.

On fait des choix artistiques, éditoriaux et parfois militants. Ensuite il faut également s’occuper de la partie animation dans les différentes villes qui diffusent le festival. Elles sont plus de soixante cette année. Il faut animer ce réseau c’est-à-dire fournir les éléments de communication, fournir des dates, ce qui était particulièrement compliqué cette année avec la crise sanitaire. On a donc proposé aux villes qui ne pouvaient pas accueillir du public, une édition en ligne. C’est un travail qu’il faut mener et qui est littéralement un travail de coordination.

2019 de Julia Boutteville dans la sélection Française

Vous parliez de la crise sanitaire… ça a évidemment eu des répercussions sur tous les festivals, que pouvez-vous nous dire de plus à ce sujet ? Sur le nombre de films reçu notamment.

A-S.J : C’est ma première année au festival puisque je suis arrivée en septembre 2020. Donc je découvrais à la fois toute l’organisation du festival et évidemment l’organisation exceptionnelle dû à la crise. Pour la France il y avait tellement d’incertitudes que pour les villes partenaires c’était très compliqué de monter un programme culturel dans ces conditions. Du coup tout s’est fait relativement à la « dernière minute » par rapport aux étapes de déconfinement annoncées par le gouvernement. On avait la chance de pouvoir proposer un festival même si les salles seraient resté fermées. Même si les versions en ligne ne sont évidemment pas les mêmes que celles en « physique ». C’était aussi une période très compliqué en terme de charge mentale si je peux dire ça comme-ça. Il fallait préparer le festival mais aussi, individuellement, gérer la crise moralement et physiquement. C’était assez dur de garder le moral. Mais heureusement on est une superbe équipe et ça c’était super important.

Est-ce que vous savez si au niveau des envois des films vous avez eu, proportionnellement, la même chose que les éditions précédentes ?

A-S.J : La différence était assez sensible. Il y avait moins de productions pendant un an avec les multiples productions donc assez logiquement on a eu moins de films. On sent que la création a été vraiment impacté et qu’elle a été mise sous cloche pendant quelques temps. Avec la déconfinement qui se met en place petit à petit on est plus dans la même ambiance que l’année dernière à la même période.

Quoi qu’il arrive de Mathilde Cotillon présenté dans la sélection Paroles de Femmes

J’aimerai qu’on aborde la sélection Paroles de Femmes

Effectivement on a cette sélection qui est une compétition ce qui veut dire qu’il y a un prix donné à la fin. C’est une sélection qu’on fait depuis douze ans maintenant. Elle est dans les gênes du festival. L’idée c’est de mettre en avant des films qui interrogent les places des femmes dans nos sociétés. On est dans un univers du cinéma qui est très masculin et le cinéma façonne nos regards sur le monde. Il nous donne beaucoup les codes. Quand c’est un monde qui est masculin, notre regard sur le monde est masculin. L’idée avec cette sélection c’est de montrer qu’il y a d’autres regards notamment féminins et qui sont tout aussi importants. Si ce n’est plus. Il faut les voir, il faut les entendre, les intégrés et il faut les montrer.

Si on n’est pas capable de proposer des films dans une parité, y a un immense problème de société. Je ne comprends pas que ce ne soit pas plus important. C’est ce qu’on a envie de dire aussi. Cette année on a fait un travail sur nos propres statistiques. On a reçu plus de films réalisés par des hommes mais faut remonter à la source (les écoles de cinéma, etc) du coup on rééquilibre autrement. On porte une attention particulière sinon on tombe facilement dans les travers de base. Les choses ne changeront jamais sinon. On ne prend pas une calculette mais quand on fait une sélection, on regarde. Et naturellement, en regardant, on se rend compte que les sélections sont bien plus paritaire.


Toutes les séances et les villes participantes

Pauline Mallet

Rédactrice en cheffe de Sorociné

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