PETITE FILLE

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« Il y a quelques années, j’ai fait un film sur Bambi, une des premières transsexuelles [transgenres, ndlr] françaises, née en 1935. Elle m’a raconté que, dès l’âge de ses 3 ou 4 ans, elle a ressenti au plus profond d’elle qu’elle était une petite fille. Ça m’avait interpellé parce qu’en général, lorsqu’on aborde la question de la transidentité, on l’assimile plutôt à l’adolescence, à la puberté, au moment où le corps change. […] Il m’a semblé alors essentiel de pouvoir raconter l’histoire d’un enfant aujourd’hui qui vivrait ce même trouble identitaire pour mieux faire comprendre ces questions. » tels sont les propos du réalisateur, Sébastien Lifshitz pour le journaliste Quentin Grosset pour TROISCOULEURS, en janvier 2020.

Sasha est une enfant de 7 ans assignée garçon à la naissance. Sébastien Lifshitz, avec une équipe de tournage extrêmement réduite, suit un bout de son parcours. Sa mère, Karine, l’accompagne tout au long du documentaire. Elle est d’abord perdue, pense qu’elle fait mal les choses, ne voit pas forcément des médecins qui la rassure. L’école l’accuse même d’être la cause « du trouble de Sasha ». En effet, elle désirait une fille et a été déçue quand elle a appris le genre de naissance de Sasha, et reste persuadée que c’est ce qui est à l’origine de sa transition.

Une famille soudée

Son père, sa grande sœur, son grand frère et son petit frère apparaissent au fur et à mesure. Tou‧te‧s la soutiennent dans sa démarche. Iels la genre au féminin, la laisse porter des vêtements genrés au féminin et demande aux autres de faire de même. Pour son père : « C’est mon enfant, point », sa grande sœur veut être « son bras droit », son grand frère dit à sa mère « qu’elle n’a pas le choix [dans son combat pour Sasha, ndlr] ». Elle évolue dans un environnement familial sain, qui prend en compte son identité.

Elle subit une oppression de la part du monde extérieur : l’école et son cours de danse sont particulièrement cités dans le discours des parents. Cela s’exprime par le refus d’utiliser des pronoms féminins pour la nommer et de la laisser s’habiller en fille. Le vêtement a pourtant une place très importante dans sa transition. Son comportement diffère quand elle est genrée au masculin. Elle est plus réservée, plus triste, comme pendant les cours de danse où elle n’est pas autorisée à porter des tutus comme les autres filles. Dans d’autres scènes, où elle peut se vêtir comme elle le souhaite, elle danse avec un parapluie, chantonne, fait claquer ses talons, ou se pare d’ailes de papillon. Elle est heureuse de pouvoir porter un maillot de bain genré, et cela se ressent pendant les scènes à la plage.

Un besoin d’affirmation

Pendant une scène de tri, sa mère lui fait remarquer que les filles peuvent aussi porter du bleu. En effet, elle ne porte presque que des robes, des jupes, du rose, des talons. Elle joue aux Barbies et aime les papillons. Sasha semble avoir besoin de radicalité pour se sentir acceptée, avec une « féminité » poussée à l’extrême des clichés de genre. Sébastien Lifshitz raconte à Quentin Grosset : « Récemment, Karine m’a confié qu’une fois que Sasha a été acceptée à l’école en tant que petite fille, elle a fini par moins se focaliser sur tous ces signes extérieurs du féminin. Tout à coup, elle a pu accepter des couleurs, des formes de vêtements ou des jeux plus masculins, elle a moins cherché à revendiquer son identité. Pour Karine, cela montre qu’elle a fait un vrai chemin dans son besoin d’affirmation. ».

Petite Fille se termine sur une victoire : l’école accepte de lui dire « elle » et qu’elle s’habille en fille quand elle rentre au CE2. Pourtant cette fin évoque aussi les craintes de la mère face au futur, que cela soit dans le parcours médical que Sacha va devoir affronter et la haine de certains pans de la société qui reste encore transphobe.


Réalisé par Sébastien Lifshitz

Sasha, un jeune garçon de 7 ans, se vit comme une petite fille depuis l’âge de 3 ans. Le film suit sa vie au quotidien, le questionnement de ses parents, de ses frères et sœur, tout comme le combat incessant que sa famille doit mener, pour faire comprendre sa différence. Courageuse et intraitable, Karine, la mère de Sasha, mène une lutte sans relâche portée par un amour inconditionnel pour son enfant.

Disponible depuis le 6 avril en DVD / Blu-Ray chez Potemkine, et en SVOD sur Netflix