LA RIVIÈRE SANS REPOS- Festival du Film de Femmes de Créteil

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Adapté du livre éponyme de Gabrielle Roy, La rivière sans repos est un long-métrage réalisé par Marie-Hélène Cousineau (cinéaste reconnue pour son travail féministe et interculturel) et Madeline Ivalu (cinéaste et actrice canadienne inuk d’Igloolik). Avec la seconde guerre mondiale comme toile de fond, le long-métrage dresse le portrait d’Elsa (incarnée par Malaya Qaunirq Chapman) une jeune femme inuk qui vit dans un village au Nord québécois. Solaire, joyeuse et aimante, sa vie bascule lorsqu’elle est violée par un militaire blanc de la base américaine voisine. 

Entre tradition et modernité

C’est dans un sublime écrin que le film laisse échapper un récit difficile et amer. Un contraste net et un changement de ton radical qui oscille entre la photographie soignée, signée Édith Labbé qui habille des décors arctiques uniques, et l’histoire d’un abus qui découle d’un système trop longtemps protégé. Rapidement, la rivière calme laisse place à la tempête, et très vite la vie d’Elsa se retrouve abusée, le corps au service d’un militaire qui semble, dès le départ et par une mise en scène intelligente, prendre toute la place. Les gens s’écartent pour le laisser passer, il prend, par extension et territorialement parlant ses aises. C’est ce pouvoir qu’il lui permet, consciemment, de violer Elsa. Le pouvoir de sa nation, de sa couleur, de son uniforme. Il s’étend, se répand et alors que le système le conforte dans cette idée d’immunité, il passe à l’irréparable. Irréparable pour Elsa, pas pour lui, qui ne se chargera même pas de l’enfant qui naîtra de cet acte abominable. 

D’ailleurs, le militaire n’est pas le seul à ne pas se soucier du bien être d’Elsa, la communauté aussi, la religion également. Le collectif fait alors acte de système. Un système où la victime est responsable ou « au mieux » une personne qui doit à tout prix se taire. Mais loin d’en faire le portrait d’une personne sans défense (ce qui n’est évidemment pas un mal), les réalisatrices dresse avant tout celui d’une femme qui va à l’encontre des attentes de la société. Elle garde cet enfant, l’accueil avec amour et fait tout son possible pour devenir indépendante. Un arc moderne ? Peut-être mais surtout un acte de survie nécessaire. 

Un rape and revenge sans vengeance sanglante

Si dans les faits le film ne peut pas rentrer dans un genre aussi sanglant que le rape and revenge qui par définition amène le meurtre et la mort, le long-métrage aborde en quelque sorte une revanche. Celle d’un personnage féminin abusé, isolé et qui par sa propre volonté va se relever. Une volonté qui peut offrir une alternative plus réaliste (et peut-être moins clivante) à un genre qui parfois oublie les blessures et le temps nécessaire à la cicatrisation (voir parfois oublie totalement le point de vue de la victime). En reprenant sa propre vie en main, Elsa affronte le monde patriarcal qui l’entoure et les institutions corrompues dans un système qui favorise avant tout ceux qui ont déjà une certaine forme de pouvoir. 

La rivière sans repos évoque avec subtilité le poison de la colonisation, qui s’inscrit autant dans les paysages que dans les corps des personnes envahies. Toutes proportions gardées, il peut s’inscrire dans la même veine que The Nightingale de Jennifer Kent (disponible sur OCS) qui évoquait de manière plus frontale et brutale le destin d’une jeune femme violentée face à l’homme blanc assoiffé de pouvoir. 


Toutes les chroniques du 43e édition du Festival du Film de Femmes de Créteil

Réalisé par Marie-Hélène Cousineau et Madeline Ivalu

Avec Malaya Qaunirq Chapman, Nick Serino et Etua Snowball

Elsa, jeune femme Inuite, indépendante et curieuse de tout, se retrouve, bien malgré elle, prise entre les drames de l’amour et sa grande civilisation en butte à l’hégémonie du progrès occidental, très envahissant. Comment continuer à vivre librement sa vie de femme et de mère sans céder aux multiples injonctions ?

Pauline Mallet

Rédactrice en cheffe de Sorociné

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