FÉMINISMES ET POP CULTURE

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Voir la Pop-Culture autrement

Métisse béninoise et togolaise née au Togo, vous connaissez sûrement Jennifer Padjemi – journaliste indépendante – pour sa newsletter inclusive What’s Good, co-écrite avec Mélody Thomas et son podcast Miroir Miroir. Sur ces deux médias, elle étudie – entre autres – la relation entre la pop culture et la société, ou encore, sur son podcast, la représentation des corps et des beautés dans les magazines. Elle a aussi été chroniqueuse pour la BBC, écrit pour Jeune Afrique, Slate, Les Inrocks, pour ne citer qu’eux. Dans son essai, elle décide de mettre en relation les féminismes et la pop culture. Écrit, un peu comme, sous la forme d’un mémoire universitaire, par la multitude de références ou de citations qu’elle apporte, le livre reste quand même accessible et pédagogique. Les explications sont claires pour des novices et assez approfondies pour les connaisseur·euses.

Jennifer Padjemi voit son féminisme comme « […] intersectionnel, au croisement de mes origines sociales, de ma couleur de peau et de mon genre […] à la fois constant, évolutif, contradictoire, ambivalent et loin d’être parfait […] », elle va donc plutôt parler des féminismes que du féminisme, qu’elle considère plus englobant. Dans son introduction, elle définit la pop culture, « la culture populaire », « la culture mainstream », comme « toutes ces images qui nous assimilons au quotidien sans nous en rendre compte ». 

Elle se concentre sur les séries comme Grey’s Anatomy, Sex and the City, Insecure, I May Destroy You, des films comme Black Panther et Mignonnes, ou encore des célébrités, telles que Kim Kardashian ou Beyoncé. Notez que la couverture du livre, réalisée par Julia Bourdet, est reprise d’un look de Beyoncé dans son clip Formation. À travers ces sujets, l’autrice revient sur les mouvements Black Lives Matter, #MeToo, ou plus largement sur les réseaux sociaux, les représentations des femmes noires, des sexualités, de la communauté LGBTQIA+, les homme ou la cancel-culture. Elle aborde des sujets sensibles comme le viol et la santé mentale. D’ailleurs, elle avertit ses lecteur·trices dans son chapitre « Ce soir je peux pas, j’ai psy ». 

I May Destroy You – Michaela Coel (2020)

Au cours de ses chapitres, elle se positionne sur le manque de représentativité des personnes racisées ou non-hétérosexuelles, derrière la caméra et sur les plateaux (pour le milieu de l’audiovisuel), ou des postes décisionnels. Notamment dans son troisième chapitre « Les femmes noires comptent aussi ». Dans un paragraphe ironiquement nommé « Représenter n’est pas la priorité » : « La diversité sans inclusion des personnes concernées par différentes expériences et oppressions ne sert à rien. Comment vraiment changer les choses quand les décisionnaires sont encore issus des mêmes milieux blancs et bourgeois ? ».

Jennifer Padjemi a mis en application cette pensée, sur le réseau social Instagram, pour approfondir ces sujets. À travers le format « live », elle a donné la parole à des femmes lesbiennes, noires, ou d’origines asiatiques. Ces femmes, présentes dans le milieu du podcast, de la bande dessinée, ou encore sur Youtube, permettent d’avoir des nouveaux points de vue et des angles d’analyse convergents sur des sujets qui la touchent indirectement. Vous pouvez retrouver tous ces «live» sur la page Instagram @feminismeetpopculture. 

Son essai a connu son petit succès, en espérant qu’elle renouvelle cet exercice dans dix ans pour observer d’éventuels changements.


Par Jennifer Padjemi

Paru aux éditions Stock en mars 2021

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