DÉTRUIRE DIT-ELLE – Festival du film de femmes de Créteil

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La 43ème édition du Festival de Films de Femmes s’est clôturée hier soir (samedi 10 avril) avec un palmarès récompensant des œuvres passionnantes où les regards des cinéastes ont favorisé l’émergence de voix uniques et indispensables. Après une semaine à visionner des films des quatre coins du monde, une thématique « héritage » essentielle et un hommage à Nicole Stéphane, le festival s’est clôturé en beauté avec la diffusion d’un film de Marguerite Duras, Détruire dit-elle.

« Je suis pour qu’on ferme toutes les facultés, toutes les universités, toutes les écoles. Qu’on recommence tout […] Je suis pour qu’on oublie l’histoire, l’histoire de France, l’histoire du monde. Qu’il n’y ait plus aucune mémoire de ce qui a été vécu, c’est-à-dire de l’intolérable […] si l’homme ne change pas dans sa solitude, rien n’est possible, toutes les révolutions seront truquées. » – Marguerite Duras sur le tournage du film.

Un long-métrage produit, justement, par Nicole Stéphane, actrice et réalisatrice de talent. Nous sommes en 1969 lorsque le film, adapté du livre éponyme de la romancière devenue cinéaste, sort. Duras est déjà la grande autrice que l’on connaît, la scénariste du film Hiroshima mon amour, réalisé par Alain Resnais. Deux ans auparavant, elle a fait ses armes derrière la caméra en co-réalisant le film La Musica, avec Paul Seban et adapté de sa pièce éponyme. Ce deuxième long-métrage partage la presse de l’époque qui tantôt la couronne de mots doux, tantôt évoque l’ennui profond de l’œuvre.

Le bal des regards

L’ennui est pourtant le cœur de son film ou plutôt de ses personnages qui, comme des fantômes, marchent dans les couloirs, les pièces et les allées de cet hôtel dressé comme un édifice rempli de souvenirs mais où chaque personne semble se perdre dans une mélancolie profonde. Ses personnages portent le poids de leurs histoires et de leurs actes. Ainsi, en prenant deux figures féminines (incarnées par Catherine Sellers et Nicole Hiss) que tout pourrait, d’un clin d’oeil, opposer, Duras montre une force commune… ou une faiblesse si l’on en croit les deux personnages masculins (joués par Henri Garcin et Michael Lonsdale), bien décidés à faire de ces deux femmes, leurs proies. 

Dans la continuité d’un Fenêtre sur cour, et avant celui d’un certain Brian De Palma, la cinéaste parcourt la notion de voyeurisme, presque indissociable de celle du cinéma tant le dispositif invite aux regards, même les moins bienveillants. Chacun‧e s’observe, s’analyse et se désire. C’est un bal de regards qui s’offre à nous. Un bal vide car Duras montre la naïveté et la vacuité de ce voyeurisme qui n’entraîne à rien si ce n’est à tuer un ennui profond. Le noir et blanc du film donne l’impression d’être dans un rêve, ou un cauchemar, où le blanc de la pellicule enveloppe les personnages comme l’ombre d’un fantôme. Marguerite Duras dira : « J’ai voulu montrer un monde plus tard, après Freud, un monde qui aurait perdu le sommeil ». 


Toutes les chroniques de la 43e édition du Festival de Film de Femmes de Créteil

Réalisé par Marguerite Duras

Avec Catherine Sellers, Michael Lonsdale, Henri Garcin, Nicole Hiss et Daniel Gelin

Une grande maison directoire dans un parc ombragé, semé de chaises longues, de tables et de parasols, où les hôtes – pensionnaires, estivants, malades? – peuvent se reposer à leur gré. Une femme solitaire, silencieuse, étendue de longues heures sur un fauteuil de repos, intrigue deux clients de cet hôtel : Stein, istraélite qui se dit « toujours tremblant, dans une incertitude tremblante », et Max Thor, jeune professeur et écrivain en puissance. Les deux hommes en viennent assez vite aux confidences…

Pauline Mallet

Rédactrice en cheffe de Sorociné

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