ELLA ES CRISTINA – Festival Ojoloco

ella es cristina

Ella es Cristina … y Susana

Le nom de Gonzalo Maza est habituellement accolé à un autre nom, peut-être plus connu — Sebastián Lelio. Les deux scénaristes et réalisateurs ont collaboré pour nous pondre trois films à la saveur particulière : Navidad en 2009, Une femme fantastique en 2017 et Gloria en 2013, dont le film éponyme de 2019 avec en vedette Julianne Moore est un remake, réalisé par Sebastián Lelio lui-même. Avec Ella es Cristina, il signe son tout premier long-métrage, sans son collègue préféré, même si pour les yeux les plus aguerris, nous pouvons voir Sebastián Lelio dans une brève séquence. 

L’amitié féminine contre la toxicité des hommes

Dans un noir et blanc au contraste très doux, Gonzalo Maza s’intéresse à la Cristina du titre. Une femme dans sa trentaine, fraichement séparée de son mari et foncièrement perdue. Avec sa meilleure amie de toujours, Susana, elles montent inlassablement des escaliers pour son déménagement dans les premières secondes du film. Le cinéaste la présente comme une artiste, elle dessine des pages et des pages, parfois le même motif comme si elle n’arrivait pas à trouver son style. Le personnage l’avouera plus loin dans le film, elle cherche de l’aspiration dans des ateliers d’écriture plutôt corrosifs, avec un professeur imbu de lui-même et colérique. Découpé en trois chapitres, Ella es Cristina la suit, dans ses déboires amoureux. Le titre nous induit en erreur pourtant. Susana, la meilleure amie, est loin d’être la sidekick jetable et développe son propre récit.

Le film de Gonzalo Maza est consacré aux relations. Amoureuses évidemment, mais surtout à une relation amicale forte qu’entretiennent Cristina et Susana. Deux êtres différents, deux extrêmes. Cristina est un personnage complexe, difficile à cerner. Elle tait ses émotions et tend à suivre le mouvement. Susana, au contraire, a une personnalité explosive. Elle dit ce qu’elle pense, elle est sarcastique. Elles partagent cependant une certaine naïveté enfantine, exacerbée par le regard du cinéaste. Elles n’ont pas de point d’ancrage dans la réalité : pas de métier, de responsabilité, les deux personnages se laissent porter par le récit (la vie), avec les conséquences que cela implique. Le choix du noir et blanc se tient peut-être dans la volonté de Maza de sortir ses personnages d’une réalité insatisfaisante. Cristina et Susana sont très rarement filmées dans la rue et quand c’est le cas, il se passe toujours quelque chose de malheureux : un accident de vélo ou de voiture, des sacs de course qui se brisent, … Elles ne sont pourtant pas plus en sécurité à l’intérieur. Les relations qu’elles peuvent avoir avec des hommes sont hautement toxiques et/ou décevantes. À la fin du premier acte, les deux amies se disputent sévèrement. En essayant de protéger Cristina de son ex-mari égoïste, Susana reçoit les foudres de son amie, qui pour une fois, veut prendre des décisions seules. Elles vont alors expérimenter la vie l’une sans l’autre, sans grand succès cependant. Ces échecs vont leur permettre de mieux retomber dans les bras l’une de l’autre. 

Étude de la trentaine

Ella es Cristina capture les tergiversations d’une génération coincée entre la jeunesse et la maturité. Le cinéaste se montre parfois moqueur envers l’univers bobo-artistique chilien, animé la plupart du temps par des hommes arrogants et suffisants. Leur condescendance se heurte à une certaine pureté de Cristina, qui veut dessiner parce qu’elle en a besoin et non par désir de se montrer. Le couple qu’elle forme plus tard avec le professeur d’écriture montre une domination psychologique qui s’est installée. Elle trouve un échappatoire en dessinant leur quotidien, rythmé par les pics de colère de son compagnon. Sa porte de sortie sera Susana, qui de son côté a dû subir la manipulation d’un père absent pour obtenir un prêt qu’il ne peut pas rembourser. Car le cœur du film est bien cette sororité, cette envie pressante d’être comprise, entourée par une autre personne, sans qu’un sentiment de domination ou de manipulation vienne empiéter sur les émotions. Hélas, il est difficile de trouver une altérité entre Ella es Cristina et les différentes inspirations du réalisateur. On pense notamment à Noah Baumbach, ou Philippe Garrel. Le noir et blanc, la blondeur de Mariana Derderián, l’ambiance jazzy de la composition de Cristobal Carvajal, difficile de passer outre les similitudes avec Frances Ha, qui lui aussi, dévoilait le portrait d’une trentenaire à l’équilibre fragile.

Gonzalo Maza signe une œuvre complexe. La comédie grinçante du début finit par s’effacer pour un drame social, où la seule porte de sortie des femmes devient l’amitié. On regrette alors le choix de ne pas avoir gardé le titre de travail du film, “Amigas, Amigas”.


Toutes nos chroniques du Festival Ojoloco

Réalisé par Gonzolo Maza

Avec Mariana Derderian, Paloma Salas, Roberto Farías, Néstor Cantillana

Cristina, caricaturiste, se sépare de son mari Rubén. Malgré les procédures de divorce engagées, Cristina a toujours du mal à se détacher de son ex-partenaire. 30 ans passés, plongée dans un sentiment d’incertitude personnelle et professionnelle, elle tente de reconstruire sa vie mais doit faire face à une série d’obstacles dont une relation sentimentale avec un professeur de son atelier de scénario.

Articles recommandés