EDEN – Festival du film de femmes de Créteil

Eden

Alors que sa 42ème édition est annulée suite à la crise sanitaire que nous traversons encore, le Festival de Films de Femmes de Créteil ouvre sa 43ème édition (qui se déroule en ligne du 2 au 11 avril) avec Eden de la réalisatrice Ágnes Kocsis. Un film qui fait étrangement écho à la situation actuelle où le personnage principal, Éva est condamné à rester enfermé suite à de graves allergies impliquant les substances chimiques et électromagnétiques, démesurément présentes dans nos sociétés modernes. Combinaison blanche, confinement et recherches médicales, Eden s’impose comme un précurseur d’une époque dont on se serait bien passé.

Respire, prouve que tu existes

Dès sa scène d’ouverture Eden inspire un silence et une froideur clinique. Le cadrage est linéaire, les couleurs blanches et grises. Éva (incarnée par Lana Baric) de blanc vêtu, cheveux courts et visage terne, se trouve face à nous et pianote sur une tablette en inox où l’on devine, sans mal, la froideur que cette sensation provoque. C’est ce personnage mi-femme, mi-sujet de recherche médicale que l’on va suivre pendant le récit. Rapidement ce dernier va dévoiler les maladies et les réactions auxquelles l’isolée est confrontée. Les personnages autour d’elle vivent, elle, survit dans un environnement stérile qu’elle n’a pas choisi. 

Tout en finesse, le récit de quasi science-fiction se révèle être une partition politique où les multiples abus de nos sociétés modernes, avides de fertilité (pesticides, surproduction, sur communication), révèlent leurs travers. Eden, de par son nom, indique un idéal perdu où les mains humaines ont réduits à néant un paradis désormais vide.

Un corps déshumanisé

Allongée presque nue sur une tableau d’opération où de nombreux tuyaux font des passerelles entre son corps et les machines, Éva n’est entourée que d’hommes (sauf une infirmière) : son frère, le psychiatre (qui remet en doute ses maladies) et les nombreux médecins présents. Dès le début du long-métrage, dans le récit et dans la mise en scène, son corps ne lui appartient plus. Il lui échappe sous les regards de tous, sous les maladies qui la rongent, sous la combinaison qu’elle doit porter pour sortir. Son corps est au service des recherches médicales tel une souris de laboratoire. 

Un propos écologique 

La dernière scène d’Eden est poignante. Libérée de sa combinaison, allongée sur une couverture dans un parc, Éva est libre. Pour seulement quelques minutes (ce qui n’est pas sans rappeler les quelques jours où notre propre Terre a pu respirer un peu, pendant que la vie s’arrêtait quelque temps, confinée et sans possibilité de consommer). Alors que son psychiatre, engagé par une multinationale, doute de ses maladies, supposant la folie du personnage féminin (assez commun dans une société où les femmes sont souvent perçues comme menteuses, manipulatrices et hystériques), il l’invite à littéralement se mettre à nu, elle respire quelques minutes puis son coeur s’arrête. Les secours n’arriveront pas à la réanimer. Tandis que la caméra dézoome au maximum pour laisser place à une image inerte de la Terre. 

Inutile de pousser plus loin pour comprendre la comparaison entre Éva (dont le prénom même indique un lien matriciel à la Terre mère) et la Planète Terre. Si l’on reprend la fin, énoncée plus tôt, les secours pourraient être les avertissements lancés par les scientifiques pour prendre en main l’écologie. Des alertes qui, si prises sur le tard, seront vaines. Comme pour Éva. C’est même une branche au sein du militantisme féministe, l’éco-féminisme, dont la racine invite à une réflexion commune entre les violences faites aux femmes et celles faites à la Terre/nature/faune et flore.


Toutes les chroniques du 43e édition du Festival du Film de Femmes de Créteil

Réalisé par Ágnes Kocsis

Avec Lana Baric, Daan Stuyven, Lóránt Bocskor-Salló, Maja Roberti, Zalán Makranczi, Róbert Kardos

Éva est allergique à toutes sortes de substances chimiques, aux ondes radio et aux champs électromagnétiques. Elle doit vivre dans un isolement total et ne peut avoir aucun contact avec son environnement. La moindre erreur peut lui être fatale. Elle est juste en relation avec son frère et les médecins qui continuent à faire des expériences sur elle. Mais un jour, un psychiatre vient vérifier si sa maladie est réelle ou simplement imaginaire…

Pauline Mallet

Rédactrice en cheffe de Sorociné

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